Pueblo Escrito : Une invitation à l’étude

Il y a quelques années, Delta de Maya imprima, sur les murs de Villamanrique, une collection de textes insolites qui parlent des mystères insoupçonnés qui habitent dans les profondeurs, les éclats et les reflets du mot ROSÉE (ROCÍO).

À Delta de Maya, nous avons abordé ce projet convaincus que la connaissance accroît la capacité de prendre conscience de la réalité et que cela engendre à son tour des occasions d’harmonie et d’impulsion individuelle et sociale.

Nous avons pour cela décidé de créer un itinéraire littéraire dans les rues de Villamanrique, imprimant sur ses murs certaines phrases extraites de la littérature universelle, des mots soigneusement choisis, qui mettent en évidence des aspects symboliques profonds et très anciens, sous-jacents à la dévotion à la Vierge d’El Rocío, jusqu’à aujourd’hui méconnus de la majorité.

Le savoir que nous avons commencé à révéler est en rapport avec certaines propriétés qui, aux dires de plusieurs sages et poètes au cours de l’histoire, seraient contenues dans l’eau de la rosée du matin (el rocío) des mois de mai et de juin. La référence à cette propriété, objet d’étude et utilisée, dans le passé comme dans le présent, par certaines disciplines de savoir déterminées telles que l’alchimie, la spagyrie ou la Kabbale, est latente dans les rites et cultes du pèlerinage d’El Rocío.

UN PROJET PIONNIER

Certains habitants de Villamanrique associés au projet Delta de Maya ont prêté, sans le moindre intérêt économique, leur temps, leur attention et leur enthousiasme à cette tâche qui, nous l’espérons, aura une répercussion sociale à différents niveaux. Nous espérons, par exemple, que cet itinéraire soit capable d’attirer jusqu’à notre village des visiteurs qui désirent connaître cet aspect du patrimoine de Doñana, si important et si universel et pourtant tellement ignoré.

C’est un projet pionnier car l’information qui y est exposée est le fruit d’une recherche de Delta de Maya, jusqu’à présent inédite. Pionnier également parce qu’il met en valeur des ressources patrimoniales de l’Espace naturel de Doñana et de toute la Comarque de Doñana autres que les ressources naturelles qui été présentées jusqu’à présent comme étant presque les seules existant ici.

Nous avons repris la situation des muraux sur un plan du village que vous pouvez consulter ici même ou télécharger et imprimer.

Ci-dessous, nous allons commenter, un par un, chaque texte et proposer des mots-clés et des liens pour guider ceux qui le désirent dans leur propre aventure à la découverte des messages plus ou moins cachés derrière les mots de ce projet.

Dans un futur proche, espérons-nous, nous pensons éditer un livre reprenant ces contenus et d’autres qui les complètent.

Ce projet n’a reçu aucune aide économique. Il est intégralement et exclusivement financé par les cotisations et le travail bénévole des membres de DELTA DE MAYA. Il s’agit donc d’un cadeau de Delta de Maya à Villamanrique et à toute la Région de Doñana.

Mural 1: calle Sor María del Coro

"À la fin il vint à l’appeler Rossinante*, nom, à son idée, majestueux et sonore, qui signifiait ce qu’il avait été et ce qu’il était devenu, la première de toutes les rosses du monde."

Don Quichotte de la Mancha, por D. Miguel de Cervantes Saavedra (XVIème et XVIIème siècle)

L’œuvre de Cervantès est profondément imprégnée de références cabalistiques. Essayer d’approcher l’interprétation de ses œuvres à la lumière de ce vieux système de connaissance est une aventure fascinante. Ce n’est pas un hasard, par exemple, si le cheval que montait ce vieux chevalier errant était traité de “rosse” (rocín) tout comme n’est pas un hasard le nom de Rossinante choisi pour lui. Et la proximité phonétique et sémantique de ces mots avec le toponyme de “Rocina”, qui donna anciennement son nom à la Vierge d’ “El Rocío” n’est nullement un hasard. Il existe peut-être une relation directe entre ces mots équestres et ce vocable humide. Et il se peut également que nous soyons capables, chevauchant son étude, de dévoiler certaines de ces cabales.

Mots-clés (cliquez): CervantesDon QuichottecabaleRocín-Rocina

Miguel de Cervantes
Miguel de Cervantes

Mural 2: calle Sor María del Coro

"Quand la rosée descendait la nuit sur le camp, la manne y tombait aussi"

Ancien Testament, Livre des Nombres, attribué traditionnellement à Moïse (XIVème ou XVème siècle avant J.-C.)

Dans ce livre, comme dans l’Exode, on dit expressément que la manne, l’aliment que consomma le peuple d’Israël pendant les quarante années de leur périple dans le désert, descendait avec la rosée sur le camp. Nous ne croyons pas forcer les choses en interprétant que ce qui est proposé dans ce passage, c’est que l’eau de la rosée puisse arriver, dans certaines conditions, à contenir une sorte de richesse capable de nourrir aussi bien la vie matérielle que spirituelle. N’oublions pas que Marie-Madeleine, au cours de ses quarante jours de retraite dans le désert, s’alimenta de la même manière. Nous suggérons d’associer le mot “manne” (“maná” en espagnol) avec le mot espagnol “mana” (source) ou encore avec le terme sancrit “manas” qui signifie “le mental”.

Mots-clés (cliquez):   Moïsetraversée du désertnuitmannemanne (2)manassourceroséerosée (2)

La Biblia, Libro de los Números

La Bible, Le Livre des Nombres

Mural 3: Plaza de España

"Aimer c’est comprendre et l’extase est la rose mystique de la connaissance ; par ses chemins, nous voyons à nouveau le monde sous la rosée sacrée de la première aurore"

La Lampe merveilleuse, Ramón del Valle-Inclán (XIXème et XXème siècle)

Le mural précédent mettait en relation l’apparition de la rosée pendant la nuit. Ici, Valle-Inclán traite d’une qualité sacrée que celle-ci a acquise à l’arrivée des premières lueurs. Il assure sans équivoque que la félicité absolue de l’amour et la connaissance sont deux triomphes inséparablement unis. Les mots qui viennent ensuite pourraient être compris au moins de deux manières. Nous préférons proposer la moins évidente : depuis la perspective qu’offrent l’extase et la connaissance, il est possible de percevoir à nouveau le monde, non pas d’une meilleure manière, mais d’une manière différente. Il est possible de percevoir une réalité supérieure à laquelle on accède par la porte de l’aurore, de la première aurore, qui s’ouvre avec la clé de la rosée sacrée. Quelle sera cette première aurore?

Mots-clés (cliquez)Valle-Inclán, théosophie (en espagnol :teosofía), aurore (en espagnol : aurora)

Valle Inclán
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Mural 4: Plaza de España

"Quand la tête blanche se proposa d’ajouter un ornement à sa beauté, elle détacha une étincelle de lumière. Elle souffla sur cette étincelle pour la refroidir, et cette étincelle devint solide. Elle se gonfla et se creusa comme un crâne transparent et azuré qui contient des milliers et des myriades de mondes. Cette cavité est pleine de la rosée éternelle, blanche du côté du père et rouge du côté du fils. C’est la rosée de la lumière et de la vie, la rosée qui féconde les univers et qui ressuscite les morts."

Le Livre des splendeurs, Eliphas Levi. (S. XIX)

D’après nous, il s’agit là d’un texte kabbalistique d’une grande complexité, écrit pour faire les délices de « ceux qui savent ». Il serait dès lors prétentieux de notre part d’essayer de l’expliquer, car nous ne saurions comment le faire. Et comme nous venons de le dire, il ne s’écrivit probablement pas pour ça. Nous dirons cependant le peu de choses que nous savons ou que nous pressentons, à savoir que le terme « tête blanche » est une des manières de la Kabbale de se référer à Kether, la Couronne, et que l’auteur appelle « rosée de la lumière et de la vie » une « énergie », pourrions-nous dire, qui provient d’instances spirituelles élevées. Malgré la difficulté que nous pouvons avoir à interpréter ce texte, la portée de sa puissante charge poétique est indiscutable, elle est capable d’éveiller des mélodies profondes et mystérieuses dans la sensibilité du lecteur inspiré.

Mots-clés (cliquez)Éliphas LéviKabbaleSephira-Sephiroth,  tête blanche (The White Head)

Eliphas Levi
Eliphas Levi

Mural 5: Plaza del convento

"La rosée ore qu’elle rase la race du futur"

 Anonyme

Ce texte est très difficile à traduire pour différentes raisons. Nous avons proposé ci-dessus la traduction la plus facile ou la plus évidente, mais son sens est bien plus complexe car il ne joue pas seulement sur les contenus, mais aussi sur les ambiguïtés, les sons et tout ce que les uns et les autres évoquent. Ainsi, l’auteur de ce texte bref et mystérieux joue manifestement sur l’allitération du son “r” qui roule à notre oreille, nous rappelant que rocío (rosée) commence par “r”, tout comme le mot hébreu ruach, utilisé dans la Bible pour désigner le Saint-Esprit. D’autre part, lorsque nous voulons essayer de comprendre son sens, nous nous trouvons face à des possibilités de lecture superposées. Quand l’auteur nous parle d’el rocío s’agit-il ici de la rosée du matin ou du pèlerinage d’El Rocío ? Par ailleurs, l’auteur utilise le mot reza, du verbe rezar qui signifie à la fois prier et dire. S’agit-il dès lors d’une prière faite à Dieu ou simplement d’une affirmation ? Et puis, on pourrait aussi traduire cette phrase de la manière suivante : “Elle prie, la rosée qui frôle la race du futur”. Serait-ce alors seulement la rosée qui frôle la race du futur qui prie ou bien n’importe quelle rosée fait-elle cette prière/affirmation ? Et quelle est cette race du futur ? Il est évident qu’il ne s’agit pas d’une race ou d’un peuple élu pour l’exercice mesquin de privilèges face à d’autres êtres humains. Souvenons-nous de l’œuvre du grand politicien, poète et mystique indien Sri Aurobindo et de son annonce d’un grand pas évolutif de la conscience dans la matière, qui donnera lieu à l’apparition de nouvelles conditions dans la biologie humaine.

Mots-clés (cliquez)RuachSri AurobindoÉvolution supramentale

Anónimo

Anonyme

Mural 6: Plaza de San Roque

À ce moment-là, une voix résonnera entre les tombes et proclamera : “Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière, car sa rosée est une rosée lumineuse et la terre redonnera le jour aux ombres.” Et c’est alors que l’Ange de la Mort disparaîtra du monde, tel qu’il est écrit.

Zohar, Le Livre de la splendeur, Gershom Scholem. (Ss. XIX, XX)

Mots-clés (cliquez): Gershom ScholemCírculo Eranos

Gershom G. Scholem
Gershom G. Scholem

Mural 7: Calle Santiago

"Par l´art, j´ai appris que la rosée est riche en suc et remédiant à de nombreuses maladies."

Jan Baptiste Van Helmont

Jan Baptiste Van Helmont
Jan Baptiste Van Helmont

Mural 8: Calle Santiago

"J’ai écouté ce que l’on n’entend pas : le murmure des fleurs lorsqu’elles s’ouvrent, celui du soleil quand il chauffe la terre et de la terre quand elle boit la rosée du matin."

Parabole chinoise, Anonyme

Parábola china

Parabole chinoise

Mural 9: Calle Gregorio Medina

"Il me prit par la main et me fit me relever. J’ai regardé au ciel et un nuage de rosée m’aspergea de la tête aux pieds. Il me sécha alors avec son manteau et me dit : « Réjouis-toi, toi qui as reçu la grâce, vase d’élection et grâce inépuisable."

Questions de Saint Barthélémy

Marie dit : « Alors que j’étais dans le temple de Dieu et que des mains d’un des anges, je recevais l’aliment, un jour, il m’est apparu sous les traits d’un ange. Son visage était indescriptible et dans sa main, il n’y avait ni pain ni verre, comme c’était le cas avec l’ange qui était venu jusqu’alors me rendre visite. À ce moment-là, le voile du Temple se déchira, il y eut un fort tremblement de terre et je suis est tombée par terre, incapable de supporter son regard. Il a pris ma main et m’a fait me relever. J’ai regardé le ciel et un nuage de rosée tomba sur mon visage qui me trempa de la tête aux pieds. Il m’a séché avec son manteau. Puis il m’a dit : « Je te salue, pleine de grâce, vase d’élection ». Puis il a frappé le côté droit de son vêtement et en a sorti un très grand pain. Il le plaça sur l’autel du temple et en mangea lui d’abord, puis il m’en donna. Puis il frappa à nouveau son vêtement, cette fois sur le côté gauche. J’ai regardé et j’ai vu un grand verre de vin ; il l’a déposée sur l’autel du temple, il en a bu d’abord et puis il me l’a offert. Alors je me suis rendue compte que le pain n’avait pas diminué et que la coupe était pleine comme avant. Il m’a dit : « Trois ans et j’enverrai ma parole : Tu concevras mon Fils et à travers Lui tout le monde sera sauvé. Toi, tu apporteras alors le salut du monde. Que la paix soit avec toi, pleine de grâce, et ma paix sera avec toi pour toujours ». Après qu’il eut dit ces mots, j’ai cessé de le voir et le Temple est redevenu comme avant.

Evangelio de San Bartolomé

Questions de Saint Barthélémy

Mural 10

"Passive et réceptive, la Coupe ou Calice est un véritable symbole de son Neschamah, l’intuition et l’entendement toujours ouverts, espérant la rosée céleste qui descend tous les jours des régions les plus élevées pour purifier l’âme."

The Tree of Life, por Regardie Israel

Mural 11

"Celui qui a bu de la fontaine de jouvence, et connu, expérimentant tout, conserve la fraîcheur de son cœur et la mort le trouvera avec la rosée du matin sur le visage. Pour eux, la mort n’existe pas et c’est à de telles créatures qu’appartient le royaume des cieux."

The Theosophical Quarterly

Mural 12

"Il y a des efflorescences de rosée
Sur mon rêve
Et mon cœur tourne et tourne"

Autre rêve, Federico García Lorca

Mural 13

"Une rosée tombe de la Tête blanche sur la « Petite Figure » (…) et c’est avec elle qu’on prépare la manne des justes dans le monde futur."

Ha Idra Zuta Qadisha, Anonyme

Mural 14

"La goutte de rosée qui, dans le calice
Du lys blanc repose
Est un palais de cristal où vit heureux
Le génie de la pureté.
Il lui donne son mystère et sa poésie ;
Le lys lui prête son arôme balsamique
Hélas pour la fleur, au baiser du soleil
Cette perle s’évapore !"

La goutte de rosée, Gustavo A. Becquer

Mural 15

"(…) car dans l´air est cachée la viande de la vie, que de nuit nous appelons rosée…"

Nouvelle Lumière Chymique, Le Cosmopolite

Mural 16

"Je rêve que les gouttes de rosée
Sont des lèvres d’amour qui me laissent des baisers
Et remplissent d’étoiles
Mon costume sombre."

Le Maléfice du papillon, Federico G. Lorca

Mural 17

"À la fin, arrivés au point où la rosée
lutte avec le soleil et lui résiste mieux,
car la fraîcheur du lieu la défend des rayons,
mon seigneur, doucement, vint poser ses deux mains
ouvertes largement sur ce joli gazon…"

La Divine Comédie, Dante Alighieri

Mural 18

"Les trois substances existent dans les 4 éléments, mères de toutes choses, car tout procède d´eux. De la Terre viennent les plantes, les arbres et toutes leurs variétés ; de l´eau, les métaux, les pierres et tous les minéraux ; de l´air, la rosée et la manne ; du feu, le tonnerre, les éclairs, la neige et la grêle..."

Opus Paramirum, Paracelse

Mural 19

"Et il parlait des ailes d’un papillon blessé,
Plus digne de la rosée que la chair du nard."

Le Maléfice du papillon, Federico G. Lorca

Mural 20

"L´esprit de la rosée fait sa demeure sur les confins mêmes des cieux."

Le Livre d’Enoch

Mural 21

"C´est au matin qu´avec la rosée du Ciel, la grâce du saint Esprit tombe sur ceux qui se lèvent de bonne heure pour servir Dieu."

Traité de l’oraison et de la méditation, Louis de Grenade

Mural 22

"Ô Sainte Vierge! vêtue de blanc si pur,
Débloque les portes d’or du Ciel, et viens sans plus attendre ;
Réveille l’aube qui dort là-haut ; laisse passer la lumière
Vers les chambres de l’est, et porte
La rosée de miel qui arrive avec le réveil du jour."

Au matin, William Blake

Mural 23

"(…) les Sages, pour ces raisons combinées, lui donnèrent le nom de Rosée de Mai. (…) Nous voudrions pouvoir en dire davantage sur ce sujet d’extrême importance et montrer comment la Rosée de Mai (Maïa était mère d’Hermès), — humidité vivifiante du mois de Marie, la Vierge mère, — s’extrait aisément d’un corps particulier, abject et méprisé, (…) s’il n’était des bornes infranchissables…"

Le Mystère des cathédrales, Fulcanelli

Mural 24

"Bien que répandant la candide rosée
De la tendre perle que ton aurore pleut,
Baigné en elle tu verras ma poitrine
Plus limpide que les champs de neige."

L’Année sainte à Rome, P. Calderón de la Barca

Mural 25

"Les bains de ce pays sont de vastes édifices de cristal, tout parfumés de cinnamome ; au lieu d´eau, les bassins sont remplis de rosée chaude. Les vêtements des bienheureux eux sont fait de toiles d´araignée ; fort ténues, couleur de pourpre ; (…) Leur boisson est de l´air pressé dans un vase, où il se résout en un liquide semblable à de la rosée."

Histoire véritable, Lucien de Samosate

Mural 26

"Jetez alors dans ce mélange la moitié du second sel, tiré de la rosée qui, au mois de mai, fertilise la terre, et vous obtiendrez un corps plus clair que le précédent."

Les demeures philosophales, Fulcanelli

Mural 27

"Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
Ma colombe, ma parfaite!
Car ma tête est couverte de rosée,
Mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit."

Cantique des Cantiques, Salomon