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La grenade, un vieux symbole du futur (II) [1]

Alberto Donaire Hernández
Septembre 2016

Séville et la grenade

S’il est vrai, comme disait le jésuite Juan de Villafañe en 1740, qu’on plaça dans la main de la Vierge de la Sede (Notre-Dame du Siège), titulaire de la cathédrale de Séville, une sphère d’or et de cristal de roche en forme de grenade pour commémorer les événements de Llerena, nous devons comprendre qu’elle devint alors une Vierge à la grenade. Je sais qu’Alonso Morgado et d’autres le nient car on manque de preuves documentaires, mais je crois que cette carence ne prouve pas non plus le contraire. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas contraster cette information en observant l’objet original car il a été volé au XVIe siècle et remplacé par deux fois au moins à différents moments historiques [2].

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Notre-Dame de la grenade, cathédrale de Séville.Photos: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b2/Pierre_Dancart_Altarpiece_Seville.jpg. Manipulée par l’auteur http://cubiertasdelacatedral.com/visitaescolar/wp-content/uploads/2013/03/Virgen-de-la-Sede.jpg. Manipulée par l’auteur.

Je commence cette deuxième partie de mon étude en proposant l’hypothèse que Ferdinand III et son fils, l’infant Alphonse, ont abordé la conquête du Royaume de Séville au nom de la Vierge à la grenade, une invocation qu’eux-mêmes établirent avec l’ordre de Santiago lorsqu’ils étaient à Llerena, aux portes du royaume, en 1241. Le futur roi Alphonse X avait, sur son passage, semé la Péninsule de miracles mariaux et d’images et de cantigas pour les commémorer. Et dans ce programme ressort ce miracle et cette invocation par la singularité et la richesse des nuances symboliques qu’il contient. Cette importante campagne consacrée à Notre-Dame de la grenade pourrait signifier que le projet [3] qui sous-tendait toute la politique territoriale et militaire de ces rois et d’autres rois d’Occident entrait dans une nouvelle phase symbolisée par cette icône particulière, ou pour être plus précis par l’image d’une jeune femme d’aspect royal présentant son fils d’un côté et une grenade de l’autre.

Au cours de la longue année que dura la prise de Séville [4] l’infant Alphonse fut chargé de veiller personnellement sur cette image assise d’origine française, peut-être héritée par son père de son arrière-grand-mère Aliénor d’Aquitaine. Le roi Alphonse VIII, gendre d’Aliénor et grand-père de l’infant, conserva cette même statue à ses côtés durant toute la bataille de Las Navas de Tolosa [5].

Le 22 décembre 1248, un mois après la prise de Séville, ils la firent défiler triomphalement dans les rues en une procession fastueuse à laquelle participèrent quelques-unes des personnalités les plus importantes de l’époque (peut-être – qui sait – proches de la même cause ultérieure), y compris des rois des pays voisins, pour finalement l’installer (avec les autres vierges Marie [6] qu’ils avaient également emportées) dans la Grande Mosquée qui avait à ce moment-là été « purifiée et bénie ». Cela fait près de huit siècles que la Vierge de la Sede [7] (Notre-Dame du Siège) se trouve assise sur son siège, présentant une sphère de cristal et d’or comme une allusion à la grenade, sur le tabernacle qui se trouve dans le bas du maître-autel de la cathédrale. Un temple dont le titre primitif était celui de Sancta Ierusalem.

En 1541, juste trois cents ans après la création de l’invocation de la Vierge à la grenade en Llerena (1241), un serrurier du nom de Gomez Camacho fonda à Jerez puis à Lebrija une organisation qu’il appela Congrégation de la grenade, dont la tâche devait consister à mettre en œuvre un programme d’actions de caractère religieux, culturel et politique à partir d’un certain secret transcendant qui lui aurait été révélé. Quelques années plus tard, son successeur Rodrigo Alvarez déplaça le siège de l’organisation à Séville, où en très peu de temps, viendra les rejoindre une partie importante de l’élite intellec­tuelle, religieuse et politique de la ville la plus influente du monde connu.

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Chapelle de La Grenade. Photo : Alberto Donaire

Cette association se réunissait dans la cathédrale elle-même, plus concrète­ment dans une chapelle du Patio de los Naranjos où, accompagnés d’une image de Notre-Dame de la grenade, ses membres avaient coutume de se réunir. Ils avaient en outre à leur disposition une chaire dans la cour, qui portait explicitement le nom de « chaire de la grenade » [8] depuis laquelle, tous les dimanches, diverses personnalités [9] offraient des conférences publiques. En plus de Rodrigo Alvarez, Hernando de Mata, Bernardo de Toro, Vazquez de Leca et Miguel Cid, les promoteurs classiques et les plus visibles du Dogme de l’Immaculée Conception, des hommes comme les Pacheco, l’oncle et le neveu, Rodrigo Caro, le caballero veinticuatro (conseiller municipal) Alvaro Manrique ou Martinez Montañes, parmi beaucoup d’autres, firent partie ou furent associés d’une manière ou d’une autre à l’Organisation.

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Chaire de La Grenade. Photo Alberto Donaire

La visibilité, à Séville, de ce ceux de la grenade ne fut en rien une chose mineure, ne fut-ce que par la gigantesque campagne populaire qu’ils organisèrent pour répondre au courant protestant qui parcourait l’Europe. Ils promu­rent ainsi le principe de l’Immaculée Concep­tion de Marie, qu’ils conduisirent devant les plus hautes sphères [10], même si finalement, ils ne parvinrent pas à leur but : que le Vatican le proclamât dogme de foi [11]. Cependant, malgré la très grande et très haute respectabilité intellectuelle et morale reconnue de beaucoup de ses membres et sympathisants, parmi les­quels pourrait se trouver sainte Thérèse d’Ávila [12], et malgré le fait que leur activité im­prima un caractère indélébile dans la ville, les témoignages documentaires sur ce mouvement, appelés « des Alumbrados », nous le présente teinté de vulgarité et de superstition. Différents intérêts y ont contribué et l’ont jusqu’à aujourd’hui étouffé, depuis l’Inquisition qui vit sa prééminence mise en danger jusqu’au rationalisme éclairé qui ne cessa jamais d’exprimer ouvertement son mépris envers ce qu’il considéra comme simple folklore marianiste.

Que dissimule la grenade entre ses grains écarlates pour mériter en ces terres pendant des siècles autant de considérations et dénigrements aussi distingués ? Quelle fut, ou quelle est sa signification ? À quel principe fait-elle allusion ? Quels messages secrets recèle-t-elle ? La prescription du secret à son sujet est-elle toujours en vigueur ?

Comme nous l’avons vu, les treizième et seizième siècles, respectivement, ont été caractérisés par la puissante impulsion qu’ils reçurent dans tous les secteurs de la connaissance et des arts. Entre autres, une importance tout à fait remarquable fut accordée à la culture grecque et romaine classique et notamment à sa mythologie.

L’interprétation des mythes

La mythologie constitue un système inextricable d’histoires fantastiques et complexes, entrelacées les unes les autres, où des êtres surnaturels, faisant partir de hiérarchies et de liens de parenté compliqués, entrent en relation avec la race des mortels. Les différents personnages qui interviennent dans chaque histoire sont les acteurs de faits significatifs qui semblent exprimer dans leur ensemble une grande partie de l’arrière-plan culturel des peuples, de leur essence, de leur identité. Autrement dit, puisque ces histoires parlent des dieux et de leur relation avec les hommes, les mythes sont les souvenirs de vieilles religions qui furent en leur temps officielles. Je n’exclus cependant pas la possibilité qu’avant d’entrer dans la catégorie de dieux, de saints ou de héros selon le cas, certains de ces personnages (bien que pas tous) puissent avoir eu une existence humaine réelle.

Au début, il y a des milliers d’années, c’étaient les bardes qui étaient responsables de composer les mythes, autrement dit le corps doctrinal de ces religions, à partir des enseignements des prêtres, des druides ou des chamans, selon le cas. C’étaient également eux les responsables de leur transmission orale de génération en génération garantissant ainsi la cohésion du dit système culturel et de sa manière particulière de concevoir la réalité. Des siècles plus tard, quand l’usage de l’écriture commença à s’étendre, les mythes furent recueillis, systématisés et figés par des poètes qui n’eurent pas toujours la motivation ou la connaissance des anciens bardes, ni peut-être même la relation avec des figures magistrales capables de les calibrer. Cela donna lieu à d’innombrables versions différentes, parfois même mal rapportées. Depuis, détachés du contexte dans lequel ils surgirent, leur interprétation est devenue de plus en plus objet d’étude et de discussion chez les érudits qui utilisent des modèles rationnels à partir desquels ils tentent de clarifier leur lecture sans que nous ne puissions, à l’heure actuelle, assurer qu’un de ces modèles possèdent les clés interprétatives définitives.

Peut-être que si au lieu de choisir entre voir des personnages historiques, des archétypes culturels, des forces de la nature ou des complexes psychiques, nous considérions que toutes les écoles ou points de vue sont des voies d’approche complémentaires, qu’elles sont toutes précieuses ensemble sans qu’aucune ne soit suffisante séparément, peut-être ainsi pourrions-nous mieux approcher leur compréhension. Et peut-être pourrions-nous arriver à percevoir que toutes les mythologies, dans leurs structures originales, résident quelque part dans notre conscience, de même que toutes les clés d’accès à leur interprétation ainsi qu’au scriptorium où aujourd’hui encore les nouveaux mythes continuent de se forger.

Le rapt de Perséphone

La légende raconte qu’Hadès, dieu des enfers, demanda à Zeus son frère la permission d’épouser sa nièce – laquelle, apparemment, n’avait pas encore de nom car on l’appelait seulement Coré, « la jeune fille » – dont il était tombé amoureux. La déesse Coré était la fille que Zeus avait engendré avec Déméter [13], sa sœur et celle d’Hadès. Le roi de l’Olympe ne voulut pas refuser à son frère ce qu’il lui demandait, mais il n’osa pas non plus l’autoriser ouvertement de peur du mécontentement que cela causerait à leur sœur et décida donc de rester neutre.

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Le rapt de Perséphone, Bernini. Villa Borghese, Rome. Photo: http://www.flickriver.com/photos/27906589@N05/5117259297/ Adaptée par Alberto Donaire

Ne rencontrant pas d’opposition de la part de son frère Zeus, Hadès décida de satisfaire son désir, au mépris du refus probable de sa sœur Déméter. Ainsi, un jour que Coré était occupée à cueillir des fleurs avec quelques nymphes sur sa terre sicilienne, il la surprit émergeant d’une fissure du sol et l’entraîna rapidement avec lui par la force dans son royaume, sans lui don­ner l’occasion de réagir. Nous pou­vons tous imaginer ce qui arriva en­suite [14].

Déméter, éperdue, chercha sa fille infatigablement pendant des jours et des nuits jusqu’à enfin apprendre ce qui était arrivé par le titan Hélios. Elle réprimanda alors si fort Zeus que celui-ci ne put faire autrement que de s’occuper de la question. Pour ne pas affronter son frère directement, il décida de demander à son fils Hermès, messager et dieu des frontières – fils de Zeus et de Maïa l’Atlantide – de parler à son oncle Hadès et de lui demander de rendre la jeune fille, qui était par ailleurs à la fois sa demi-sœur et sa cousine. Apparemment Hadès accepta, mais il lui rappela que, selon la loi, cela ne serait possible que si la jeune fille n’avait encore goûté aucun aliment du royaume des Enfers, sinon elle était déjà irrémédiablement liée à cet endroit.

Tout semblait enfin être résolu et Coré – qui avait alors pris le nom de Perséphone [15] – retourna chez sa mère montée sur le chariot d’Hermès. Cependant, alors qu’elle venait d’arriver, un personnage intéressant nommé Ascalaphe [16] intervint et déclara haut et clair qu’il avait vu la fille de Déméter manger quelques pépins de grenade. Selon les auteurs, on parle d’un grain, de quatre, de six ou de sept grains.

(…) mais il m’a donné en secret un pépin de grenade, délicieuse nourriture, et m’a contrainte à le manger.

Hymne homérique à Déméter

Alors que tout semblait perdu pour la mère affligée, les trois frères (Zeus, Déméter et Hadès) allèrent voir leur mère Rhéa qui finalement trancha et offrit une solution : Perséphone passerait un tiers de l’année avec Hadès en tant que reine des Enfers et l’autre partie de l’année dans le monde extérieur avec sa mère.

Une relecture approfondie du mythe de Perséphone

La grenade est l’un de ces symboles récurrents dans les légendes du monde entier. Elle apparaît presque toujours liée au principe générateur, à la fertilité. Dans la mythologie grecque, elle est présentée comme un attribut des principales déesses : Aphrodite, Héra, Déméter. Mais de tous les récits où nous pouvons la rencontrer, aucun n’est aussi long, connu et archétypique en Occident que celui de Perséphone que nous venons de voir. Les personnages et les événements dont il parle furent de la plus grande importance en Grèce, à tel point que l’on considère qu’ils constituèrent l’argument central des célèbres Mystères d’Éleusis, toujours secrets aujourd’hui.

D’après l’interprétation la plus répandue, ce mythe symbolise la fertilité de la nature dans sa relation avec le cycle des saisons. Déméter aurait menacé de plonger à tout jamais la terre dans le froid et l’obscurité si sa fille ne lui était pas rendue. Pour éviter cela, Hadès accepta de la rendre à sa mère à la condition qu’elle passe une partie de l’année avec lui. Ainsi, quand Perséphone était sous terre, sur terre c’était l’hiver, et quand elle revenait, elle apportait le printemps et l’été. C’est comme ça que l’on expliquait sa relation avec la fertilité.

J’oserais suggérer que cette seule explication est peut-être un peu simpliste et que, même si les mythes ont une caractéristique saillante, loin d’être simples, ils impliquent souvent des lectures parallèles et complémentaires entre elles. En outre, lorsque la structure d’un mythe est bien conservée et qu’il est bien lu, il peut devenir une source d’inspiration nouvelle pour le chercheur.

Pour en revenir à notre sujet, nous voyons que le mythe du rapt de Perséphone pose un changement par rapport à l’ordre naturel des choses qui est d’ailleurs largement significatif. Il laisse entendre qu’Hadès (masculin) était le propriétaire du royaume des enfers et donc des grenadiers et que, comme stratagème, il força Coré (féminin) à manger ce fruit. Pourtant, de manière universelle, la grenade est un symbole clairement féminin qui a toujours appartenu aux femmes, qui leur est consubstantiel. Logiquement et canoniquement, c’est elle qui aurait dû la lui offrir et jamais l’inverse. Ainsi, dans le très sensuel Cantique des Cantiques, la bien-aimée dit au bien-aimé :

Je t’amènerais,
Je t’introduirais dans la maison de ma mère,
Tu m’enseignerais,
Et je te ferais boire du vin mixtionné d’aromates,
Et du moût de mes grenades.

Ici, il est clair que c’est elle qui le prend par la main, elle qui le conduit sur son terrain, elle qui l’invite à la rencontre amoureuse. Elle est la propriétaire des charmes qu’elle exprime symbolisés par le vin et le nectar de ses grenades, et finalement c’est elle qui les lui donne. La même chose que dans le mythe olympique, mais à l’envers.

Au cours de la 529ème nuit des « Mille et une nuits », on dit ceci d’une jeune princesse vierge :

… La belle esclave dit au roi : « Sachez donc, ô roi que je m’appelle Gul-i-Anar, ce qui dans la langue de mon pays signifie Fleur-de-Grenade, et que je suis est née en mer, où mon père était roi.

Et à notre époque, le poète Federico Garcia Lorca dit de la grenade dans sa « chanson orientale » :

Parce que tu es lumière de la vie,
femelle des fruits.

Le poète souligne ainsi le caractère spécifiquement féminin et vital de ce fruit.

Dans une devinette populaire turque, on décrit la fiancée comme :

« …une rose pas sentie, une grenade pas ouverte. »

Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant.
Éditions Robert Laffont et Éditions Jupiter, Paris, 1982, p.485.

Dans la mythologie grecque pourtant, la signification de ce symbole se déforme au point de faire jaillir le premier grenadier de la création du sang versé lors du sacrifice de Dionysos. Qu’est-il arrivé ?

L’enlèvement de la jeune fille, associé à cette modification subtile et habile dans l’ordre naturel des symboles, montre clairement qu’on a complètement dépouillé la femme de sa puissance sur sa féminité et sa fertilité, qu’on lui a retiré sa prérogative ancestrale intrinsèque de choisir le meilleur homme pour la féconder et qu’on l’a soumise à la volonté agressive ou condescendante de l’homme. Hadès kidnappe une adolescente par la force brutale, l’emporte sur son terrain et la viole avec le sentiment d’être dans son droit, comme si un tel comportement était la chose la plus naturelle du monde. Et ce le fut vraiment car cette manière de procéder s’établit et se généralisa avec une telle force que son souvenir a perduré jusqu’à nos jours dans de nombreuses sociétés de par monde, comme celle des gitans où, dans certaines communautés, on trouve encore le rite traditionnel du rapt de la fiancée. Pourquoi et quand pourrait s’être opéré ce changement dans la manière de concevoir et d’organiser la relation entre hommes et femmes si radicalement différente de la précédente ?

Comme nous l’avons vu ci-dessus, il semble que certains mythes ont été modulés en fonction des changements transcendantaux qui ont eu lieu à différents moments de l’histoire. Presque tous les personnages qui interviennent dans ce mythe appartiennent à la race des dieux de l’Olympe, les dieux qui remportèrent la guerre pour le pouvoir sur le monde contre la race antérieure des Titans. Conformément à une interprétation historiciste, cette légende semble avoir comme toile de fond un conflit armé de longue durée et de gigantesques proportions dans le cadre de la Méditerranée et de la Corniche atlantique au cours de l’âge du bronze, dont la principale conséquence semble avoir été l’éradication de l’ordre matriarcal antérieur et de toute sa culture pour le remplacer par un système patriarcal. Chaque fois qu’un camp gagne une guerre et qu’il prend le pouvoir, la première chose qu’il fait, c’est réorganiser à sa convenance la vie et les lois de l’espace conquis. Cela dut certainement engendrer de nombreuses modifications et créations dans les récits chargés de restructurer la perception sociale du monde dans les vastes territoires touchés par ces changements profonds.

Précisons que lorsque les premiers mythes furent composés, à une époque dont nous avons presque perdu toute mémoire, ou même lorsque termina ce long conflit dévastateur, ce que nous connaissons comme la culture grecque n’existait pas encore. Et la mythologie dite grecque n’est en aucune façon grecque et ne fut même pas conçue dans cette région. Elle fut prise comme système de référence et adaptée aux besoins et intérêts de cette société pour la construction d’un nouveau modèle social.

La grenade, symbole de fécondité

Quel fut le détonateur, l’étincelle qui déclencha la folie de cette gigantesque vague de guerres à l’âge du bronze et qui, durant plusieurs décennies, voire même plusieurs siècles, a tout balayé et tout changé ? Certains pensent que ce fut la découverte et la diffusion d’un savoir jusque-là secret sur lequel l’ancien matriarcat aurait basé la conception et le développement de son modèle culturel. Il s’agit de la connaissance des processus naturels de fécondation qui avait permis la manipulation des espèces animales et végétales pour leur exploitation, autrement dit l’apparition de l’élevage et l’agriculture. Cela impliquait naturellement la connaissance de la relation entre le sexe et la procréation et dès lors, outre le rôle de la femelle qui donne naissance, aussi celui du mâle. Jusqu’alors cela n’avait été connu que d’une élite de femmes liées au temple [17]. Cette institution sacerdotale aurait été capable d’approfondir ce savoir au cours des siècles jusqu’à découvrir certains aspects physiologiques et fonctionnels de la reproduction humaine, animale et végétale, dont nous serions aujourd’hui bien surpris. Et ce n’est pas le seul exemple que nous pourrions aventurer quant à l’existence de connaissances sophistiquées à une époque et en des endroits où cela a été considéré comme impossible du point de vue de notre modèle social. Il se peut d’ailleurs que bientôt nous finissions par admettre que la méthode expérimentale rationnelle qui caractérise notre modèle actuel n’est pas la seule manière de découvrir la réalité, peut-être même pas la meilleure.

Pour aborder correctement cette proposition que je viens de formuler, nous devons considérer que la relation entre la religion, les arts et les sciences était beaucoup plus étroite dans le passé qu’aujourd’hui, et d’autant plus étroite que nous remontons plus loin dans le temps. Des concepts comme celui de prêtre, ou prêtresse, temple, chaman, barde ou poète avaient des connotations différentes de celles que nous leur attribuons en ce moment. Il est à peu près sûr que l’auteur du Cantique des Cantiques, par exemple, n’était pas seulement quelqu’un qui, enfant déjà, faisait des très jolis vers tout en jouant de la flûte en prenant soin de ses chèvres, mais quelqu’un qui fut intégré pendant toute sa vie dans une institution qui lui fournit un degré de formation très élevé dans diverses matières contrastant fortement avec celle de la plupart de ses contemporains. Dans les grandes œuvres culturelles du passé qui ont survécu jusqu’à nos jours, nous pourrions trouver, sans plus de difficulté que celle de notre propre capacité, une constellation complexe de référents qui prouveraient que l’esprit de leurs auteurs n’était pas précisément du genre que nous qualifierions aujourd’hui de primitif.

Convaincu de ce que je viens de dire, je reprendrai les vers du Cantique des Cantiques comme exemple pour illustrer la solution finale de l’énigme de la grenade que je proposerai, ou du moins une partie de celle-ci :

Et je te ferais boire du vin mixtionné d’aromates,
Et du moût de mes grenades.

Je pense que ces vers du Cantique des Cantiques ont deux lectures possibles et bien sûr, la plus évidente n’aurait d’intérêt que pour les gens passionnés de nourriture. Passons à la seconde. Que symbolise le vin mixtionné d’aromates, si ce n’est la salive des baisers chargés d’endorphines ? Que symbolise le moût, si ce n’est le liquide vaginal ? Et que représentent les grenades, si ce n’est les organes génitaux féminins, avec la vulve entrouverte et la provision d’ovules accumulés à l’intérieur ? Dans cette perspective, ce que le mythe voudrait dire, ce n’est pas que Coré mangea quelques pépins de grenade mais qu’elle les avala, autrement dit qu’elle ne les expulsa pas, qu’elle n’ovula pas. Ainsi, le nombre de grains retenus correspondrait au nombre de lunes de sa grossesse.

L’alchimiste et médecin allemand Oswald Crollius écrivit en 1624 :

De la matrice et du ventre
La grenade

La pomme de grenade que les Latins appellent Malum Punicum et les Espagnols granada, montre très bien comment les enfants sortent de la matrice, parce que quand le fruit est mûr, il s’ouvre à la moindre brise ou mauvais temps et déploie le fruit qui est à l’intérieur; l’enfant fait de même, parce que la matrice s’ouvre de la même manière que la grenade.

Osvald Crollius
Traicté des signatures ou vraye et vive anatomie

Il se peut que cette lecture n’ait pas été réalisée jusqu’à aujourd’hui car la possibilité même de connaître l’existence de l’ovule et du spermatozoïde à l’époque du mythe a été tacitement écartée. Je crois cependant que cette interprétation est non seulement correcte mais encore que son développement herméneutique répond à toutes les questions qui pourraient se poser à différents niveaux. En fin de compte, il est indéniable que les grenades représentées dans les dessins et l’héraldique ont l’aspect d’une vulve entrouverte. Ça attire l’attention surtout quand nous prenons conscience du fait que, dans la nature, ce n’est pas là l’aspect le plus habituel d’une grenade mûre, ce qui montre une tendance dans le temps à renforcer cet attribut du symbole.

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Gauche: Emblème actuel de la province de Grenade Photo: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Provincia_de_Granada_-_Escudo.svg Droite: Grenade mûre sur l’arbre. Photo: http://www.sanumvita.com/la-fruta-de-la-granada-beneficios-y-ventajas/

Toutefois, si la connaissance des lois fondamentales de la reproduction est du domaine public depuis des siècles, pourquoi la grenade était-elle encore au Moyen Age et à la Renaissance un symbole chargé de connotations cachées ? Quelles seraient ces autres connotations au-delà du fait de faire allusion au sexe féminin et à son potentiel procréateur ?

Je te salue, pleine de grâce, vase d’élection

Notons que dans la mythologie classique, Perséphone était « la jeune fille » avant de goûter à la grenade. Dire « la jeune fille à la grenade » équivaut à dire « la Vierge à la grenade », faisant référence au moment transcendant de sa première rencontre avec un homme dont elle est tombée enceinte scellant ainsi son destin. Le parallèle conceptuel entre ces deux invocations de deux religions – n’oublions pas que c’est ce qu’étaient les mythes – est une fois de plus évident et je ne crois évidemment pas que ce soit un hasard. Dans les deux cas, une femme particulière est désignée par des instances divines comme le vase d’élection pour recevoir en son sein la gestation d’un être doté de caractéristiques et de capacités exceptionnelles. Un évangile apocryphe reflète ainsi la rencontre entre un être divin et la Vierge Marie dans ce passage que nous connaissons comme l’Annonciation :

Il me prit la main et me fit lever. J’ai regardé au ciel et un nuage de rosée m’aspergea de la tête aux pieds, il m’essuya avec ses vêtements. Puis il me dit: « Je te salue, pleine de grâce, vase d’élection. »

Évangile de Barthélémy

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Annonciation de l’ange à sainte Anne. Bernardino Luini. Photo: http://pinacotecabrera.org/en/collezione-online/opere/annunciazione-a-santanna-sullo-sfondo-san-gioacchino-e-langelo/

Nous retrouvons ce même mythe sous une forme beaucoup plus ancienne dans le Livre de la Genèse, le Livre des Jubilés et le Livre d’Énoch, où l’on trouve, avec de petites différences de nuance, le passage suivant:

(…) les anges de Dieu les virent, car elles étaient belles à regarder, et se prirent des femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent et elles leur portèrent des fils qui étaient géants.

Livre des Jubilés

« Géants » ne signifie pas, bien sûr, qu’ils étaient anatomiquement très grands, c’est une métaphore indiquant qu’ils avaient de grandes capacités. Cette lecture est entièrement renforcée si nous analysons l’étymologie du mot « vierge ». Vis ne veut-il pas dire « force, puissance » ? Et gen ne signifie-t-il pas « semence, lignée » ? « Vierge » pourrait donc signifier la force de la semence ou la graine puissante, et par extension la puissante lignée [18].

Cela dit, lorsque nous essayons de faire le parallèle entre Coré ou Perséphone et la Vierge à la grenade, surgit très vite le doute quant à savoir à quel personnage du christianisme il nous faut identifier exactement notre Vierge à la grenade, car des pistes inattendues apparaissent pointant dans différentes directions, certaines d’entre elles clairement hétérodoxes. Pour commencer, il se fait que Perséphone ne conçut pas, avec Hadès, un garçon, mais une fille appelée Macaria [19], qui signifie « La Bienheureuse».

En outre, en ce qui concerne l’étymologie du mot grenade, celle que nous propose l’abbé Noël-Antoine Pluche [20] me semble très attrayante. Selon lui, le mot provient de gar-nata ou gar-anat qui signifie apparemment « la grotte d’Ana ». Et le nom d’Ana précisément est pour nous plein de résonances !

La première Anne (Ana) qui nous vient à l’esprit, l’Anne par excellence dans notre culture, est Sainte Anne, qui fut également fécondée grâce à l’intervention de l’ange. Cette étymologie du mot grenade me semble en harmonie avec le courant sémantique que j’essaie de suivre, selon lequel la grotte ne pouvait être rien d’autre que sa matrice, ce qui renforce la possibilité que nous nous trouvions devant la signification d’une ligne génétique matrilinéaire.

Pour abonder dans la figure de ce personnage important, je commenterai quelques idées en vrac à son sujet qui pourrait être intéressantes et pertinentes ici :

  1. On nous présente sainte Anne comme mariée à Joaquim. Les deux noms sont très semblables, d’une part, à celui du légendaire roi Yakin ou Jacques des vieux mythes de la Corniche atlantique et, d’autre part, à celui de la plus ancienne déesse mère dont on se souvienne et que Robert Graves présente comme Ur-Ana.
  2. L’invocation de la grenade a été établie par l’intermédiaire de l’Ordre de Santiago, le Saint-Iago [21] ou Saint Jacques. C’est également l’Ordre de Santiago qui a conquis les terres appelées depuis Dieu sait combien de temps Doñana ou Doña Ana [22] et qui a soutenu le travail des Monteros de Espinosa en ce qui concerne l’établissement des cultes opportuns [23] après les répartitions de la frontière du royaume de Séville nouvellement conquise avec le Taifa de Niebla en 1253.
  3. Alphonse X non seulement accorda la plus grande attention à l’adéquation et attribution de la Grande Mosquée de Séville pour sa conversion en église cathédrale dédiée à la Vierge à la grenade, mais encore il veilla soigneusement à lever extramuros une intéressante église fortifiée dédiée à sainte Anne (Santa Ana), dans un endroit qui ne s’appelle pas pour rien « Triana », trois Ana. Il plaça là une sculpture composée de trois images, Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant, que l’on appelle habituellement « Sainte Anne Trinitaire ».
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Sainte Anne trinitaire. Église de Santa María del Castillo à Cervera de Pisuerga Photo: http://esculturacastellana.blogspot.com.es/2013/07/retablos-xi.html Adaptée par Alberto Donaire

Je n’ai pas trouvé, dans cette église, de trace précise indiquant qu’il y ait jamais eu une grenade, mais il y en eut dans d’autres similaires [24] ! Comme (bien que loin de là) dans l’église Santa María del Castillo de Cervera à Pisuerga, où sainte Anne présente une grenade qu’elle tient entre elle et la Vierge et que l’Enfant essaye d’attraper, tout en ayant dans l’autre main un livre ouvert. La présence du livre ouvert entre les mains de sainte Anne est une représentation habituelle dans l’iconographie mariale, et elle apparaît toujours quand elle apprend à lire à la Vierge enfant. Cette scène, dans laquelle le livre se trouve dans la main gauche et la grenade dans la droite, pourrait vouloir indiquer que les deux éléments sont reliés. Si c’était le cas et si la grenade avait à voir avec la lignée génétique de sainte Anne, nous pourrions supposer que la transmission d’un tel enseignement aurait pu avoir été considérée comme inhérente à cette lignée, consubstantielle à elle.

Un fruit comme symbole d’une lignée associé à la connaissance nous conduit à son tour, inévitablement, au mythe de l’Arbre de la Connaissance, où la Vierge à la grenade et Perséphone seraient une représentation d’Ève, et l’ange et Ascalaphus (dont nous avons traduit le nom par serpent à plumes) seraient le serpent [25] qui invite Ève à manger. Étrangement, dans les représentations de sainte Anne trinitaire, sainte Anne semble être celle qui est chargée d’inviter à l’aventure de la connaissance. Finalement, certaines transmissions sont souvent le fait des grand-mères.

L’Empire

Sous le signe de la science, l’art et la mystique symbolisés par la figure de la Dame, comme toujours dans toute son œuvre, le roi Alphonse X consacra beaucoup d’attention, de temps et de ressources pour parvenir à être élu Roi du Saint-Empire romain germanique faisant valoir les droits que lui octroyait sa génétique maternelle. Alors qu’il conquérait des territoires aux Almohades, puis les administrait et les gouvernait comme une partie de la Castille, il cherchait à obtenir ce couronnement qui aurait pu le conduire, pour la première fois dans l’histoire, au rêve d’une Europe unie sous un seul gouvernement. Il y croyait tellement que l’on trouve dans son héritage le traité des « Siete Partidas », véritable monument juridique commandé par lui et possédant l’ampleur et la généralité suffisantes pour légiférer sur tout un empire [26].

Il se peut cependant que la dimension du projet, en soi déjà immense, n’en restât pas là car il semble exister des indices qui suggèrent que le roi sage avait aussi les yeux posés sur l’autre côté de l’océan, sur le continent américain avec lequel existaient apparemment déjà alors des contacts plus qu’avancés depuis longtemps. De fait, son intérêt à prendre le contrôle des côtes atlantiques du sud de la péninsule Ibérique pourrait avoir été en relation avec cet objectif [27].

Avec l’Amérique ou sans elle, le fait est qu’à cette époque, on racontait dans certains milieux une vieille légende fabuleuse, encore que considérée par certains comme réelle, qui prophétisait un avenir où le monde serait gouverné par une seule figure investie d’une autorité de nature supérieure appelée « le Roi du monde ». Je ne prétends pas affirmer ici que le monarque castillan et l’élite qui l’entourait aient eu une telle prétention, mais j’ose imaginer qu’ils connaissaient parfaitement ce mythe. Quoi qu’il en soit, si j’apporte ici cette histoire c’est parce que la forme de la grenade, géométriquement parlant, ressemble beaucoup à une sphère surmontée d’une couronne, une figure qui pourrait bien symboliser la Terre et tous ses habitants réunis sous un gouvernement mondial.

granada mundo

Photo Tierra: http://cultura.biografieonline.it/wp-content/uploads/2014/10/earth.jpg Image composée par Alberto Donaire

Le roi Alphonse X de Castille n’a pas atteint son but d’être couronné empereur de l’Europe et d’établir le siège de sa capitale à Séville, comme c’était probablement son intention, mais depuis la Péninsule on continua à y travailler au cours des siècles postérieurs conservant l’avantage que lui avait donné le fait d’avoir eu accès, pendant des siècles, à des connaissances exclusives et les actions réalisées à partir de celles-ci. Toutefois, lorsque les Rois catholiques révélèrent finalement l’existence du continent américain par la manœuvre historique [28] que l’on a appelé « la découverte de l’Amérique », le voile tomba révélant aux autres puissances européennes la plupart des prétentions castillanes. À partir de ce moment-là, tous se lancèrent dans une course folle d’expansion dans le monde entier, essayant de soumettre et d’annexer le plus grand nombre de territoires. À l’avantage que possédait déjà l’Espagne vint s’ajouter, sous Philippe II, son unification avec le Portugal au XVIe siècle que l’on appela l’Union ibérique. Cela permit à l’Espagne de réussir enfin à conformer l’empire, le plus grand qui ait jamais existé auparavant dans le monde. D’autres pays d’Europe comme l’Angleterre ou la France parvinrent également à occuper une grande quantité de territoires, tous dans l’intention apparente de continuer à s’étendre sans limites jusqu’à finalement se phagocyter les uns les autres.

Ces revendications à diriger la globalisation du monde nous sont aujourd’hui des plus familières. Il semble que l’esprit de la grenade délicatement tenue entre les doigts de la Dame qui encouragea le travail et les rêves du roi sage ne soit pas le même que celui qui depuis un certain temps inspire les délires mégalomanes de ceux qui aiment se représenter comme les maîtres du monde.

Considérations finales

Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, une idée qui depuis des siècles était restée circonscrite au sein de certains milieux commença à circuler : l’existence en Europe d’un lignage descendant en ligne directe de Jésus Christ, associé au symbole du Graal, dont les membres, le jour venu, seraient les plus en droit d’assumer la responsabilité de gouverner le monde. Cette légende récupère un ancien mythe qui transmet l’existence de lignées génétiques humaines améliorées par l’apport d’une race supérieure provenant d’au-delà de nos frontières perceptives, qu’elle fût de dieux, fils de dieux ou anges. D’après ses partisans, l’empreinte de ces croisements serait la responsable des sauts évolutifs et technologiques que l’humanité a connu au cours des âges.

Il conviendrait de demander aux partisans de cette hypothèse, si à leur avis la réception génétique par voie sexuelle serait la seule façon d’obtenir ces meilleures conditions biologiques et énergétiques que le reste des êtres humains et quels bénéfices leur apporteraient cette différence. Le concept de privilèges acquis par voie de naissance, et pas n’importe quels privilèges sinon des privilèges de race supérieure, de peuple choisi, n’est pas précisément une proposition que nous sommes prêts à considérer, étant donné les effets catastrophiques que de telles revendications ont laissés derrière elles.

Toutefois, si au lieu de considérer ces soi-disant privilèges, nous nous concentrions sur l’intense compromis de service qui caractérise habituellement la vie de cette poignée de personnages que l’histoire a mis en évidence, les connotations de la proposition seraient très différentes, indépendamment du fait que nous acceptions ou pas l’existence de cette génétique spéciale.

En outre, la science sait désormais une chose que les sages nous enseignent depuis des siècles, que les caractéristiques génétiques avec lesquelles nous naissons ne sont pas une prison, mais des jardins où, si tel est notre choix, nous pouvons nous consacrer à cultiver notre destin.

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Photo de couverture : Oeuvre d’Alberto Donaire.

[1] Première partie de cet article: « La grenade, un vieux symbole du futur (I) » sur notre page web.

[2] En 1569, réalisée par Hernando de Ballesteros El Viejo et en 1924, par le sculpteur José Ordonez y Rodriguez qui restaura complètement l’image.

[3] Voir l’article « Traces médiévales de Doña Ana » publié sur ce même site.

[4] D’août 1247 à novembre 1248.

[5] Juillet 1212. Il est digne de mentionner qu’à cette bataille participèrent des nobles de Gascogne, d’Occitanie et du Languedoc.

[6] La Vierge « de los Reyes » (Notre-Dame des Rois) et la Virgen de las Batallas (Notre-Dame des Batailles).

[7] Cela dit, ce qui me frappe c’est que l’on ait conservé aujourd’hui encore ce titre de « Notre-Dame du Siège ». De quoi Sevilla serait-elle le siège ? Bien qu’anciennement, tous les temples fondés par l’un des apôtres aient été considérés comme des sièges apostoliques, il semblerait que ce ne soit pas le cas de celui-ci (à moins que l’on accepte les Fausses Chroniques comme celles de Flavio Dextro, qui n’ont pas encore dit leur dernier mot). Et je ne suis pas convaincu que ce soit parce qu’il s’agit du siège de l’archevêché. On sait que dans le monde catholique le siège par définition est le Saint-Siège, autrement dit, le siège papal de Saint Pierre à Rome, et qu’hormis celui-là, seul l’évêché de Mayence a aujourd’hui le droit de conserver cette dénomination. Pourquoi Séville maintient-elle également ce nom ?

[8] Ces éléments existent toujours, mais la chapelle n’est pas visitable. Il s’agit de la première chapelle à gauche en entrant dans le Patio de los Naranjos par la porte de La Giralda. La Congrégation disposa cependant avant celle-ci d’une autre chapelle, sans doute beaucoup plus grande, qui se trouvait dans la partie ouest du Patio et qui a été démolie, en même temps que d’autres qui dataient de l’époque de la mosquée, quand commencèrent les travaux de construction de l’église du Sagrario en 1618. L’image originale de la Vierge à la grenade de la chapelle, ou en tout cas l’une d’entre elles car il n’y en avait peut-être pas qu’une, est celle du retable en céramique d’Andrea Della Robbia qui se trouve aujourd’hui dans la Chapelle de Scala. Celle qui se trouve actuellement dans la chapelle dont nous parlons date du XVIIIème siècle.

[9] Sous la chaire se trouve une pierre qui dit ceci : « En cet endroit prêchèrent San Vicente Ferrer, San Francisco de Borja, le V.P. Fernando de Contreras, San Juan de Avila, le V.P. Fernando de Mata, le bienheureux Diego José de Cádiz dignité honoraire de cette sainte église métropolitaine et patriarcale, et autres grands hommes qui grâce à leur zèle apostolique réussirent à obtenir de merveilleux fruits dans cette ville ».

[10] Devant le roi Philippe III qui, à son tour, les appuya à Rome devant le pape.

[11] La proclamation du dogme ne se produira pas avant le 8 décembre 1854.

[12] Rodrigo Alvarez, chef adjoint de l’organisation, était son confesseur. N’oublions pas qu’elle fit en outre l’objet d’une enquête de la part du Saint Office car elle était soupçonnée d’appartenir aux Alumbrados.

[13] Déméter signifie déesse mère.

[14] Rapt, techniquement, signifie enlèvement avec viol.

[15] L’étymologie de ce nom est incertaine.

[16] Ascalaphe signifie littéralement reptile avec des plumes, que l’on pourrait lire « serpent emplumé ». Son apparition avec Perséphone, aussi appelée Proserpine, et précisément en relation avec le fruit défendu est des plus suggestives, car la figure ailée d’Ascalaphe est compatible avec l’iconographie traditionnelle d’un ange ou d’un archange.

[17] Nous ne rentrerons pas ici dans cette question pour des raisons évidentes d’espace. Qu’il suffise de dire que, lorsque le système matriarcal était en vigueur, seul un petit groupe d’hommes était invité à jouir des rapports sexuels après avoir traversé une série d’épreuves dans un contexte rituel et festif qui avait lieu à une certaine époque de l’année.

[18] Cette interprétation écarte catégoriquement, car il ne peut en être autrement, le concept pervers et machiste de n’avoir pas été antérieurement utilisée sexuellement par un autre homme, artifice ayant pour objet de garantir que les enfants de cette femme de sa propriété soient de son sang.

[19] Seules les sources les plus anciennes recueille cette information, ensuite elle disparaît complètement comme si on avait voulu oublier, peut-être pour renforcer la descendance de Perséphone conçue plus tard avec Zeus son propre père.

Nous pourrions établir une curieuse relation en constatant qu’il y eut dans l’Antiquité sur le promontoire de La Rabida (Huelva) un important temple à Perséphone, et que le mot Hadès qui en grec de prononce en aspirant le « h » rappelle celui de « Gades », autrement dit Cadix. Et puisque nous sommes en train d’élucubrer, Macaria pourrait nous rappeler Macarena, et nous pourrions ainsi, en faisant un saut périlleux, refermer un triangle entre Séville, Cadix et Huelva qui dessinerait l’ancien delta du Guadalquivir – cadre géographique de Tartessos, si semblable à Tartare –, flanqué du Guadalete ou fleuve Léthé, le Fleuve de l’Oubli et du Rio Tinto ou fleuve Iber, un mot apparenté à Érebe, si semblable à Erba (Huelva), la région du brouillard. Et la ville de Niebla (brouillard) se trouve sur les rives du Rinto.

[20] Reims 1688 – Paris 1761

[21] Perséphone était également la mère de Zagreus, qui, après sa deuxième étrange naissance cette fois engendré par Zeus, fut appelé Iacchos.

[22] Le fait que la première documentation où apparaisse ce toponyme fasse référence à l’année 1545 n’invalide pas l’hypothèse de son utilisation antérieure.

[23] Voir l’article « Traces médiévales de Doña Ana » publié sur cette web.

[24] J’ai trouvé des représentations de sainte Anne offrant une grenade mais aussi une pomme de pin, dont les signifiés sont proches.

[25] Dans toutes les cultures et mythologies très anciennes, le serpent est un symbole de l’évolution de la conscience.

[26] Apparemment, les difficultés politiques de son temps n’ont pas permis sa promulgation définitive, qui ne se produira que pendant le règne d’Alphonse XI. Il constitua depuis lors la base du droit en Espagne pendant des siècles et, plus tard, du droit dans l’Amérique espagnole jusqu’au milieu du XIXe siècle.

[27] Voir l’article « Traces médiévales de Doña Ana » publié sur cette web.

[28] Voir l’article intitulé « Le saut à l’Amérique », publié sur cette web.