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Sarcófago

De nombreux passages de notre histoire, pas si ancienne que cela pourtant, attendent encore que nous venions retirer les voiles qui les occultent à notre regard.

Ces voiles peuvent être de terre, de parchemins, papyrys ou papier, ou encore de légendes, alimentées au cours de siècles et sans autre fondement que la tradition elle-même. C’est là le cas des Phéniciens, ce peuple de commerçants qui, venu du Proche Orient, aurait colonisé le sud de la Péninsule ibérique, nous apportant ce que leur culture avait de mieux.

Mais ce peuple, dont tout le monde parle et dont personne n’a encore rencontré de trace de son unité culturelle en ses lieux d’origine, ressemble assez bien à un joker que nous pouvons brandir pour ne pas nous retrouver sans jeu quand il nous faut raconter aux élèves ce qui se passa dans le sud de la Péninsule ibérique au cours des siècles antérieurs à la romanisation.

Dans cet article, Taid Rodríguez Castillo aborde les dessous d’un terme qui cache une réalité historique probablement beaucoup plus complexe que ce qui a été proposé jusqu’à présent, une réalité peut-être même différente.

La fiction phénicienne

Taid Rodríguez Castillo
Mai 2014

Maria Eugenia Aubet, l’une des plus grandes spécialistes en la matière, déclare dans l’un de ses livres que : « en relation avec les Phéniciens, les implications ethniques, linguistiques, géographiques ou culturelles ne sont pas toutes suffisamment claires (…). Personne, sauf les Grecs, n’utilisa ce terme pour désigner les habitants de la côte actuelle du Liban. » [1]

Dernièrement, la majorité des spécialistes qui ont fait des recherches et ont écrit sur les Phéniciens ont soigneusement veillé à nuancer l’existence, dans l’Antiquité, d’un peuple portant ce nom, mais personne – que nous sachions – n’a encore osé affirmer clairement que les « Phéniciens » n’ont jamais existé, hormis dans l’imagination de quelques scribes.

Pourtant, la réalité que les archéologues et les historiens affrontent depuis déjà plusieurs dizaines d’années est la suivante : il n’y a jamais eu de pays s’appelant « Phénicie », en tout cas pas au bord de la Méditerranée, ni orientale, ni occidentale ; on ne connaît aucun roi qui ait porté le titre de « roi des Phéniciens », ni aucun fonctionnaire qui ait perçu des impôts pour une quelconque « Phénicie » ; dans les tablettes, on ne voit apparaître aucun nom de commerçant, artisan, potier ou orfèvre se déclarant « Phénicien » ou affirmant provenir de « Phénicie » ; on n’a trouvé aucune tombe mentionnant : « un tel ou un tel, Phénicien » ; et on n’a pas non plus trouvé de lettres ou d’ambassades en rapport avec un pays qui portât ce nom.

Les érudits affirment que les « Phéniciens » étaient « un peuple sans État, sans territoire et sans unité politique » [2] – autrement dit, qu’ils n’étaient pas un peuple ! –, qu’ « ils ne constituèrent pas une nation avec une autorité centrale et qu’ils ne menèrent pas non plus de politique unitaire », même s’ils partageaient effectivement des traditions communes et certaines parties du territoire [3].

Si les « Phéniciens » n’ont jamais existé, s’il n’y pas, sur toute la côte syro-palestinienne, d’où l’on dit qu’ils proviennent, une seule référence archéologique ou documentaire sur eux, pourquoi donc continuent-ils d’être au sommaire de tous les livres d’histoire ? Pourquoi continue-t-on d’utiliser le mot « Phéniciens » ?

Et si les Phéniciens n’ont jamais existé, qui sont alors ceux qui vinrent d’Orient pour apporter la lumière à l’Occident (ex oriente lux !) et civilisèrent ce pays de barbares, qui ne connaissait alors ni l’écriture, ni l’usage le plus élémentaire des métaux.

L’idée de l’existence des Phéniciens s’avéra être un masque parfait pour dissimuler une série de profondes lacunes et de carences dans la connaissance historique. Elle permit également d’établir autour d’eux toute une structure mythologique afin de remplir un vide référentiel qui devenait insupportable. Nous croyons être aujourd’hui en mesure de renverser ce mythe une bonne fois pour toute, de démonter d’absurdes référents et d’établir de nouvelles coordonnées mieux ajustées à la réalité historique.

Le génie mythologique grec

« Phénicie » (Phoiníkē) est, semble-t-il, un mot grec que n’utilisèrent que les Grecs. On le trouve pour la première fois dans l’Odyssée, chant IV, associé à l’usage particulier des mots que font les mythes. Là, Ménélas décrit son long périple de retour de la guerre de Troie : « Jeté d’abord sur les côtes de Chypre, de la Phénicie et de l’Égypte, je vis les Éthiopiens, les Sidoniens, les Érembes et la Libye ». La Phénicie apparaît dès lors comme un nom de lieu, peut-être un royaume, peut-être une région, peut-être une population, et plus probablement une culture. Plus loin, aussi bien dans l’Odyssée que dans l’Iliade, le mot apparaît de nouveau faisant cette fois référence aux « Phéniciens », c’est-à-dire à la population. L’occurrence de ces termes possède cependant une particularité, ils apparaissent toujours ou presque toujours accompagnés des mots « Sidon » ou « Sidoniens ».

L’Iliade et l’Odyssée se réfèrent à des événements en rapport avec la guerre de Troie, autrement dit, des événements qui eurent lieu approximativement vers 1400 av. J.-C., coïncidant avec les invasions des Peuples de la mer. C’est ce que supposent de nombreux historiens qui croient que la guerre de Troie évoque ces événements réels. Si c’était le cas – et on le dirait bien –, l’Iliade et l’Odyssée auraient été écrits pas moins de six cents ans après les faits qu’ils relatent.

Il semble logique de penser que cinq ou six siècles plus tard, ces réalités auxquelles ils font référence, que ce soit « la Phénicie », « la Lybie » ou « les Érembes », aient été sérieusement déformées. Il est même fort possible que ce savoir eût été complètement perdu ou qu’on ne l’eût jamais possédé, et qu’on n’en eût donc connaissance qu’à travers de tierces personnes.

Dans le cas de l’Odyssée et de l’Iliade, il semble qu’il pût en être ainsi, car on a depuis longtemps mis en évidence le fait que cela n’avait pas de sens de parler à la fois de « Sidon » et de « Phénicie » ou de « Sidoniens » et de « Phéniciens », Sidon étant une ville phénicienne [4]. Cet anachronisme dans l’usage des deux mots, conjointement à d’autres détails, a fait penser que le mot « Phénicie » était peut-être une interpolation tardive, réalisée par un scribe quelconque voulant éclairer le sens de « Sidon ». On voit ici clairement à quel point les Grecs ignoraient leurs propres mythes, ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi ils avaient besoin d’oracles qui les interprétât.

Cet usage particulier de Phénicie pour Sidon ou de Phénicie et Sidon conjointement se retrouve également dans le mythe de l’enlèvement d’Europe. Europe était la fille d’Agénor (roi de Tyr, selon certaines sources, et « Sidonien », selon d’autres). Zeus, amoureux d’elle, se métamorphosa en un taureau blanc, l’enleva et l’emporta sur son dos jusqu’en Crète, où sa descendance donna lieu à la civilisation minoenne. Quand Agénor se rendit compte de l’absence de sa fille, il envoya ses fils à la recherche de leur sœur : Cilix s’en alla à Cilicie (Arménie, côte sud d’Asie Mineur) et donna nom au pays ; Cadmos alla en Grèce où il fonda Thèbes ; quant à Phœnix, qui aurait donné son nom à « Phénicie », il s’en alla en Afrique. Le mythe, très ancien, a d’innombrables versions. Dans certaines d’entre elles, Europe est la fille et non la sœur de Phœnix.

Le mythe expose, en relation avec Phœnix, les éléments qui définissent ce qu’associaient les Grecs du VIIIe siècle av. J.-C. au mot « phénicien ». Ainsi, c’est le chien de Phœnix qui découvrit par hasard la fameuse teinte pourpre, Phœnix inventa la lyre, et le mot fait également référence aux palmiers. Parmi tous ces éléments, c’est très certainement l’usage du pourpre qui caractérisa le plus les « Phéniciens » (quels qu’ils soient et quelle que soit l’époque). Et non seulement pour les Grecs, mais aussi pour les autres peuples d’Orient, tel qu’on peut le déduire d’un texte de Nuzi, très ancien, qui mentionne les habitants de la côte de Canaan et se réfère à eux pour leurs laines teintes en rouge [5]. De fait, il est très probable que le mot grec soit simplement une traduction du mot qu’utilisaient d’autres peuples pour se référer à ces populations. En effet, Phoiníkē (Phénicie) dériverait du mot grec Phoinos, rouge, n’ayant ni les uns ni les autres de mot propre pour désigner le « pourpre ». Le sens du mot, pour les Grecs postérieurs qui connurent, eux, de première main ce type de commerce, serait quelque chose comme « commerçants de pourpre ». N’oublions pas que les Grecs mirent par écrit leurs mythes vers le VIIIe s. av. J.-C. et que ce faisant, ils mélangèrent l’ancien et le nouveau, réalisant un salmigondis considérable (chose que leurs contemporains réclamaient déjà âprement à Homère et à Hésiode).

Il semblerait donc que nous n’allons pas pouvoir découvrir grand-chose de plus chez les Grecs quant à ce mystérieux peuple, puisqu’eux-mêmes ne connaissaient presque rien d’eux. Il nous faut cependant reconnaître quelque chose de louable. En effet, tout comme nous, ils ne se contentèrent pas du simple récit mythique et s’en furent chercher la vérité sur les lieux d’origine. Et ils découvrirent que les gens de là-bas se faisaient appeler Kn’n (« Cananéens »).

Sidon, Canaan

Il nous faut donc tourner le regard vers les sources de la rive opposée. Le problème, c’est que les sources (les documents, en tout cas) sont ici très rares, sauf en ce qui concerne les Hébreux. En dehors d’eux, les mythologies de la région sont pratiquement inconnues. Seuls ont été conservés presque par miracle, à travers Eusèbe de Césarée, quelques fragments provenant d’un certain Sanchoniaton, un « Phénicien ». À titre de curiosité, dans sa Préparation évangélique, on peut observer qu’Eusèbe de Césarée se plaint du fait que les Grecs aient entouré leurs propres mythes d’un tas de fabulations et d’allégories.

Par ailleurs cependant, la sécheresse du climat et la faible densité de population a favorisé la conservation d’une grande quantité de tablettes d’argile rapportant principalement des séries monotones de transactions commerciales, mais qui ont le mérite d’être très riches en noms de lieux, de personnes, et en termes relatifs au culte. Grâce à ces tablettes et à l’exceptionnelle série de lettres conservées dans la ville d’Amarna, on a pu lire in situ des noms comme Ki-Na-aH-Hi, ca-na-na-um, amurru ou MAR.TU [6], écrits de première main ou tout du moins par des contemporains. Ce sont là les termes qui étaient génériquement utilisés pour désigner les gens de la région ou que ceux-ci utilisaient pour se dénommer, et ce, au cours d’une période allant approximativement de 2500 à 330 av. J.-C. (quand Alexandre Le Grand en fit la conquête) et dans une région qui embrasse, génériquement également, tout le territoire compris entre le Haut-Euphrate (nord de la Syrie) et la Méditerranée, même si le concept géographique de « Canaan » a été de plus en plus restreint jusqu’à ne plus désigner dernièrement qu’une étroite frange de la côte syro-palestinienne actuelle qu’on appelle le Levant.

Naturellement, sur une période de temps aussi longue et un territoire aussi vaste, il est pratiquement impossible de fixer ce que signifia spécifiquement chaque chose à chaque époque. C’est l’une des principales lacunes ou difficultés auxquelles nous faisions référence au début de cet article et à laquelle les experts essayèrent de remédier en imposant faussement à toute la région un seul nom générique. Les historiens se sont ainsi mis d’accord pour appeler cette région « Canaan » et « Cananéens » sa population au cours de l’âge du bronze (de 3000 à 1200 av. J.-C., époque de l’invasion des « Peuples de la mer »). Et ils se sont mis d’accord pour appeler la même région « Phénicie » et « Phéniciens » sa population au cours de l’âge du fer (de 1200 à 330 av. J.-C.).

Mais en réalité, ni l’un ni l’autre de ces noms ne fait référence à un groupe concret. Canaan a au moins la vertu d’être un nom largement enraciné dans l’usage local ; « Phénicie », n’a même pas ça. La réalité qui se cache derrière de tels noms, et derrière les près de trois millénaires d’occupation du territoire, est insondable. On peut juste dire, à grands traits, que le territoire est organisé autour de petites et moyennes confédérations de tribus, de conformation extrêmement hétérogène, et assez instables à première vue. Des villes-états sont établies, où cohabitent des résidents permanents et des populations semi-nomades. Elles sont gouvernées suivant une ligne dynastique et constituent un début de sédentarisation. Ces villes sont constamment en rivalité des unes avec les autres, ce dont profitent les hordes de populations nomades qui vont et viennent, des tribus guerrières qui sont pour elles une source de préoccupation constante.

Conjointement à cela, on constate la présence de plus en plus habituelle de commerçants professionnels, à mi-chemin entre la délégation diplomatique et l’espionnage plus ou moins dissimulé. Ces commerçants mettent en évidence la richesse croissante de certains groupes de population ou, plus exactement, la prospérité grandissante des populations urbaines. Le degré de prospérité de certaines d’entre elles est tel qu’on ne distingue parfois plus qu’une accumulation de structures palatiales, dans les îles surtout, mais également dans les villes côtières. La domination absolue des mers (inaccessibles aux hordes nomades) est le secret de leur richesse.

Un abîme économique et culturel entre ceux qui peuvent bénéficier des échanges à grandes distances par voie maritime et les autres s’ouvre alors progressivement. Cet abîme est à un moment donné tellement grand que l’on peut, sans craindre de se tromper, parler de deux styles de vie différents, avec des situations d’exclusion mutuelle assez radicales : d’une part, une espèce d’aristocratie urbaine et palatiale et, d’autre part, une grande masse anonyme, semi-barbare, semi-sédentaire ou nomade, dont les cultes et les traditions culturelles sont comparativement très primitifs et très peu élaborés. Dans le fond, on a là quelque chose de très similaire à ce qu’on retrouve, des années plus tard, quand les patriciens romains réprouvèrent les formes de vie des barbares ou quand la cour de Louis XIV refusa de se mêler à la plèbe parisienne, mais avec une différence notable : ces premières aristocraties avaient, comparativement, un niveau culturel nettement plus élevé que les formes d’aristocratie postérieures. Les cultures palatiales ressemblent donc de plus en plus à des îlots de prospérité et d’abondance, avec des formes de vie raffinées, au milieu de populations qui doivent supporter des conditions de vie très précaires. Disposant de moyens de subsistance très rudimentaires, ces dernières sont obligées à faire face au risque de mauvaises récoltes, à la famine, et vivent dans la crainte permanente d’être attaquées par d’autres groupes se trouvant dans une situation encore plus précaire que la leur. La situation insulaire des principales villes palatiales et l’enfermement et l’inquiétude perpétuelle dans laquelle vivent les villes-états mésopotamiennes mettent en évidence le peu de disposition qu’elles avaient à s’ouvrir aux populations alentours – encore qu’il faudrait voir si cela eût été possible, tant était grand l’abîme entre les mentalités des unes et des autres.

Nous avons, avec les Amorrites, un exemple de la difficulté que rencontrent les historiens et les linguistes lorsqu’ils essayent de fixer des points de référence minimum. Les Amorrites, ou Amorrhéens, furent l’une des grandes confédérations de tribus qui dominèrent la région comprise entre le Haut-Euphrate et la Méditerranée vers l’an 1800 av. J.-C. Il s’agit d’une confédération de tribus et populations nomades, semi-nomades et agricoles (sédentaires), où se mêlaient des groupes araméens comme les Sutéens (archers bédouins, tels que les appellent Lara Peinado), des populations venant de l’extérieur comme les Habiru (Hébreux) ou les Benjamites, et des populations supposément locales, sémites occidentales, comme les Amorrhéens eux-mêmes. Chacun de ces groupes se subdivisaient en de nouveaux groupes qui, à leur tour, s’unissaient et se désunissaient, établissant et défaisant des alliances.

Une situation magmatique, soumise à de constants changements, que les historiens voulurent simplifier à l’excès, oubliant au passage de nous avertir qu’ils nous offraient une version très écourtée de la réalité.

Mais revenons aux « Phéniciens », tels qu’on en parle sur les lieux d’origine et tournons-nous maintenant vers les sources bibliques. La Jewish Encyclopedia [7] nous dit que : « dans l’Ancien Testament, on ne fait aucune référence spécifique à la Phénicie, les habitants de la région étant habituellement appelés Sidoniens », et note cet usage déjà depuis la Genèse. De même, suivant cette même source, « Canaan » est utilisé de diverses manières, parfois contradictoires. Étant au départ, semble-t-il, un terme d’usage strictement géographique (et non ethnique) désignant la frange côtière le long de la Méditerranée, son sens s’est ensuite étendu jusqu’à comprendre également les terres de l’intérieur. Postérieurement, on commença à l’utiliser également pour faire référence à un groupe de population. « Canaan » et « Cananéens » furent alors « parfois appliqués à toute la population non israélienne à l’est du Jourdan et parfois à seulement une partie d’entre elle. »

Il y a cependant, dans l’usage que l’on fait, dans l’Ancien Testament, du mot « Canaan », toute une série de nuances dont il nous faut assurément tenir compte. Pour commencer, il faut considérer que l’Ancien Testament n’est pas le produit d’une seule main, ni d’une seule époque. Il y a différentes sources qui s’entremêlent pour former un récit apparemment unique. Parmi ces différentes sources, il y en a une, appelée document Yahviste, plus favorable (en lignes générales) au royaume de Juda. Ce document utilise systématiquement « Canaan » ou « Cananéens » dans le sens indiqué ci-dessus. Mais il y a une autre source, appelée document Élohiste, plus « favorable » au royaume d’Israël, au nord, qui n’utilise jamais ce mot, mais utilise en revanche, et dans le même sens, celui d’Amorrites [8]. De telle sorte que dans l’ensemble du récit, « Canaan » et « Amorrites » deviennent synonymes et interchangeables.

La relation entre Canaan et Amurru ou Amor, le pays des Amorrites, est dès lors étroite. On apprécie cependant une certaine distinction d’usage. En effet, « Canaan » est, en principe, un terme qui désigne seulement un territoire : celui qui, depuis le temps des premiers rois de Mari, se situait entre cette ville et la Méditerranée, un territoire qu’ils appelaient significativement « Pays de Hana » [9] ; alors que « Amorrites » se réfère toujours à une population, à un royaume ou à une série de royaumes, sur ce territoire. Quand les sources parlent de « pays des Amorrites », celui-ci comprend Canaan, c’est-à-dire la côte syro-palestinienne ; quand les spécialistes parlent de la langue des Amorrites, celle-ci comprend les langues parlées à Canaan qui est, répétons-le, une partie de leur territoire [10]. Il n’y a cependant pas de consensus clair à ce sujet parmi les spécialistes.

Étymologie de Canaan

Il est curieux que, dans les étymologies que donnent les érudits tant pour « Canaan » que pour « Amorrites », ne figurent pas les deux explications qui, a priori, pourraient être les plus probables. En relation avec Canaan, on a bien signalé que « An » peut être une contraction de « Anu », le dieu du ciel des Assyriens, mais on n’a pas fait référence à l’aspect féminin de cette divinité (Ana ou Hana) qui envahit les noms théophores (noms dérivés de celui d’une déité) de toute la zone : Anat, An, Nana, Inana, Anahita. De l’Égypte à la Perse, le nom se retrouve partout en Orient avec plus ou moins les mêmes connotations : une déité féminine, en relation avec la fertilité, l’amour (amor/amar) et l’eau. Personne ne semble avoir indiqué que le sens général de Kn’n (« Canaan ») pourrait être celui de « Pays de Hana », tel qu’il est utilisé sur la stèle d’Iahdun-Lim vers l’an 1800 av. J.-C. Suivant la règle établie pour les idéogrammes sumériens, on a : K(i) = pays/terre, An = ciel (dans le sens de « déité ») et A = eau/mer (également dans le sens de « féminin »). Kn’an serait ainsi K, An, A, autrement dit : « Terre de la déité de l’eau/de la mer » ou simplement « Terre de la déité féminine » (Ana).

Quant au mot « Amorrites », il a été conservé sous une grande variété de formes : Amar (Égypte), Mar-Tu (sumérien), Amurru (akkadien), Amorrites (Hébreux), bien que probablement aucune de ces formes ne soit l’original. L’étymologie du mot a été de préférence mise en relation avec les formes sumérienne et akkadienne qui sont les plus anciennes, où on lui donnait le sens d’ « occidental ». Les Amorrites, du point de vue des uns et des autres, seraient alors simplement les « Occidentaux », « ceux qui se trouvent à l’Occident ». On a bien signalé l’existence d’un mont appelé Amurru, mais on n’a pas considéré comme suffisamment probable que le mot en dérive. La recherche d’une étymologie plus précise reste donc ouverte.

Nous croyons que la relation entre Mar (mer), Madre (mère), Amar (aimer) et Amor (amour)[11] est la clé étymologique du mot, qui plus est si l’on tient compte du fait que la ville amorrite par excellence fut celle de Mari. C’est probablement la méconnaissance du sens que ces mots ont en espagnol qui a empêché d’éclairer jusqu’alors l’étymologie du nom. D’autres racines étymologiques intéressantes ont été proposées, parmi elles une possible relation avec la racine sémitique (hébraïque et araméenne) amar (« parler », « dire », « expliquer ») dans le sens de « maître ». Une dernière possibilité, c’est qu’il s’agirait d’un nom théophore, chose par ailleurs très habituelle à l’époque, qui ferait référence à une déité appelée Mari qui présiderait et donnerait nom à la ville de Mari.

Avènement de l’âge du fer

L’époque d’Hammurabi, située entre 1700 et 1600 av. J.-C., est l’époque de la plus grande splendeur et influence des Amorrites au Moyen-Orient et au Levant. Après cette période, à l’époque des lettres d’Amarna, vers l’an 1400 av. J.-C., le royaume amorrite de Mari semble être divisé en une série de royaumes, on nous parle des « rois des Amorrhéens ». C’est l’époque d’Akhenaton et de sa fameuse réforme religieuse, au cours de laquelle les princesses cananéennes et les relations diplomatiques et culturelles entre les pays de Canaan et l’Égypte jouèrent très probablement un rôle déterminant. Les formidables projets artistiques et monumentaux entrepris par ce pharaon durent requérir une grande quantité de main d’œuvre. Artisans, charpentiers, tailleurs de pierre, orfèvres proviendraient alors, dans une bonne mesure, de ces pays, compte-tenu de l’importance que prirent les princesses et leur désir d’imposer une nouvelle esthétique, en principe en rapport avec celle de leurs pays d’origine.

Quand la période d’Amarna arriva violemment à sa fin, toute cette population se trouva sûrement obligée de quitter l’Égypte. Une série de mouvements de population s’enchaînèrent alors qui finirent par engendrer une situation d’instabilité dans la région qu’il faut sûrement relier à la postérieure et immédiate arrivée des « Peuples de la mer ». D’une certaine manière, l’échec des nouvelles approches religieuses et sociales en Égypte doit être associé à l’état d’exception qui règne par la suite dans toute la Méditerranée orientale et en particulier à Canaan. Dans cette situation de tous contre tous, où l’on invoque des alliances, même à très grande distance, tous les centres de pouvoir d’antan subissent des dommages. Les grandes puissances de la période d’Amarna disparaissent toutes, sauf l’Égypte. Mycènes, l’empire hittite et Mitanni tombent. Les cultures palatiales (Crète, Chypre) sont incendiées et pillées. Seuls les grands palais présentent quelque temps après un peu d’activité, mais de toute façon, ils ne sont plus l’ombre de ce qu’ils avaient été. Sur la côte, presque toutes les villes, places commerciales, ports et palais entre Pylos (sur la côte de la Grèce occidentale) et Gaza (tout près cette fois de l’Égypte) sont détruits sans que personne ne vienne les occuper ensuite pour autant. Ougarit disparaît ainsi que la majorité des ports et places commerciales, principaux et secondaires, qui jalonnent la Via Maris. La route qui unit l’Égypte à la Syrie et à l’Anatolie est abandonnée, signal d’une profonde interruption de ces voies de communication.

Après le XIIIe-XIIe siècle av. J.-C., rien ne sera plus jamais comme avant. La civilisation semble s’éclipser de toutes parts. On entre dans une époque qu’on appela « âges obscurs », dont on ne trouve presque qu’aucun document écrit. L’activité commerciale disparaît, les beaux bijoux en or d’antan font place dans toute la Méditerranée aux épées en fer, aux boucliers et aux chars de combat ; la musique et les belles danses sont remplacées par les tambours de la guerre ; les fresques palatiales font place aux stèles en pierre gravées avec des scènes rappelant les héros morts au combat ; les très anciens cultes du taureau et de la vache font place aux bergers sacrifiant des agneaux ; la déesse cède le pas au dieu ; la pythie et les oracles, aux collèges sacerdotaux.

Les épées en bronze qui avaient besoin d’être constamment réparées sont incapables de rivaliser avec les épées en fer « magiques ». Le cheval et le char de guerre sont les nouvelles idoles à consacrer. Et de tous côtés, les jeunes filles inconsolables semblent se répéter sans cesse la même question : d’où viennent-ils ? Qui a appris à ces gens l’art de la navigation ?

La « colonisation phénicienne »

On a essayé d’expliquer la présence de gens provenant du Levant dans les pays de la Méditerranée occidentale par la « colonisation phénicienne ». On constate archéologiquement cette présence depuis le VIIIe siècle av. J.-C., encore que dernièrement, on l’a avancée au IXe siècle av. J.-C. Et certaines sources écrites anciennes se réfèrent même à cette présence vers 1100-1000 av. J.-C.

D’après l’explication conventionnelle, il s’agit d’un type de colonisation commerciale : « Il convient de considérer la fondation de Cadix depuis la perspective de l’établissement d’une colonie dans la zone atlantique à un moment de pleine “reconversion” de la demande, fondation et intérêt qui ne s’explique que depuis l’optique de la vision à long terme et essentiellement commerciale de la colonisation. » [12]

Autrement dit, les gens du Levant seraient venus, poussés par le désir d’obtenir de hauts taux de rentabilité vu la grande valeur ajoutée de leurs produits par rapport à ceux des autochtones, et poussés également par les bonnes perspectives d’affaires à long terme, sur un marché où les taux d’intérêt du bonze descendaient rapidement alors que ceux du fer grimpaient en flèche. Dans ce contexte, les « Phéniciens » seraient venus profiter des gisements de fer sous-exploités, les gens de l’endroit vivant encore à la technologie du bronze.

C’est une explication assez économiste du sujet. Une explication qui, quoi qu’il en soit, n’explique pas comment, sans avoir eu de contact ni de relation préalable, les populations locales ont pu permettre à de parfaits inconnus de s’installer sur leur territoire, qui n’était en rien inhabité, et encore moins leur avoir donné accès à des sources de richesse, parmi elles les mines métallifères, dont les « indigènes » – devons-nous supposer – ne connaissaient pas la valeur, tout comme les peuples d’Amérique ne connaissaient pas non plus celle de l’or et de l’argent.

On n’explique pas non plus comment, une fois débarqués, ces pionniers ont pu, sans connaître les langues autochtones, se guider dans un paysage absolument inconnu et agreste jusqu’aux gisements minéraux qui étaient – cela dit en passant – assez loin, dans la province de Huelva.

Au lieu de cette interprétation exclusivement liée à des intérêts économiques, nous proposons d’expliquer l’arrivée des gens provenant du Levant à partir des deux grands troubles : la révolte d’Amarna et l’invasion des Peuples de la mer. Nous croyons que la commotion provoquée par ces deux événements fut suffisamment importante pour expliquer à elle seule l’arrivée de gens qui, soit furent expulsés d’Égypte par la force, soit fuyaient une situation postérieure de conflits constants à Canaan.

Les témoignages littéraires de ces migrations de gens cherchant refuge abondent. Eschyle nous rappelle l’épisode des filles de Danaos fuyant leurs maris égyptiens. L’Ancien Testament relate la fuite forcée d’Égypte du peuple d’Israël et le départ postérieur de la population de Dan par mer. Le Lebor Gabála Érenn nous parle de la sortie d’Égypte des Milesiens et de leur arrivée en Espagne. Ils se situent tous plus ou moins à la même époque ou doivent relater pratiquement les mêmes faits. Il s’agit juste d’interpréter les restes archéologiques de ce point de vue. S’il y eut un puissant affrontement militaire en Égypte qui mit fin à la révolution d’Amarna, il est logique de penser que ce qui resta de l’armée vaincue chercha à servir ailleurs. Il est logique de penser également que ces ouvriers, manœuvres, artisans, commerçants et gens de toutes sortes et conditions, qui travaillaient aux grandes œuvres de la période antérieure, durent se retrouver abruptement sans travail et donc être obligés de chercher de nouveaux endroits où l’on puisse requérir leurs services, sans compter qu’ils ont aussi pu être persécutés. Il est logique de penser enfin, si nous considérons les événements de l’Ancien Testament comme un récit en partie historique, que les Hébreux ne furent pas le seul peuple persécuté, ni le seul à quitter l’Égypte, mais que conjointement à eux, très probablement, d’autres peuples partirent dans la même direction ou dans une direction similaire.

Si nous partions de cette base, nous comprendrions bien mieux le mélange a priori déconcertant de matériel égyptien, grec et cananéen qui remplit le registre archéologique de cette époque. Ceci expliquerait des découvertes apparemment sans connexion telles que le sépulcre égyptien découvert à Tarragone [13], le sarcophage d’Almuñécar [14] ou la multitude de scarabées que l’on trouve ça et là, sans parler du grand nombre de figurines votives qui présentent des coiffes et des traits égyptiens. Cela expliquerait, en passant, les légendes spécifiquement hispaniques qui racontent l’arrivée d’Osiris en Espagne pour combattre la tyrannie du géant Géryon, ou ces autres qui parlent d’un Hercule égyptien, ou encore celles qui rapportent la provenance scythe d’Hispan ou qui relatent l’arrivée de Tabal. Toutes des légendes, oui, mais quelle coïncidence avec les restes !

La « colonisation phénicienne » de l’Espagne

Les experts semblent être d’accord sur le fait que Huelva fut la première région de la Péninsule « colonisée » par les « Phéniciens » (curieuse application au monde antique d’un concept qui ne dut précisément pas exister avant Colon). On y a en effet documenté un « ensemble important de céramiques phéniciennes associées à des céramiques géométriques grecques, chypriotes, italiques et nuragiques de la première moitié du IXe siècle » [15]. En revanche, les experts sont moins d’accord quant à la question de savoir s’il y eut ou pas une phase préalable à cette colonisation (une « pré-colonisation »), et si celle-ci se développa petit à petit ou si elle arriva « d’un bloc », s’imposant dès le début dans toute sa splendeur.

Quoi qu’il en soit, il semble que domine la tendance à confondre les propriétaires des navires avec les colonisateurs réels, car on nous dit que c’est la ville-état de Tyr qui organisa la colonisation du sud péninsulaire. Il serait plus correct de dire que c’est elle qui facilita les moyens de transport, ainsi que les capitaines, les marins, la connaissance des routes et des mers, mais pas les colons, la majorité de ceux-ci provenant très probablement de l’intérieur du pays. Dire ou donner à entendre que ce fut Tyr, de ses seules forces, qui mena à bien la colonisation du sud péninsulaire, c’est comme dire que Palos et Moguer, de leurs seules forces, menèrent à bien la colonisation de l’Amérique.

À Canaan, la seule population suffisamment nombreuse dont nous ayons connaissance de sa sortie en mer, ce sont les Hébreux. Nous n’avons pas d’informations en ce sens en ce qui concerne les Philistins ou les Amorrhéens. Dès lors, nous devons déduire que le gros de l’expédition cananéenne qui embarqua à Tyr et arriva au sud de la Péninsule, concrètement à Huelva, dut être formé essentiellement d’Hébreux et, plus concrètement, de Danites, car c’est d’eux dont on dit : « Galaad au-delà du Jourdain n’a pas quitté sa demeure. Pourquoi Dan s’est-il tenu sur les navires ? » (Juges 5:17).

Cela dit, une fois dissipé l’épais brouillard qui enveloppait, sous le nom de « Phéniciens », ceux qui n’étaient autres que les habitants de Canaan, il convient de se demander comment est-il possible qu’une population ibère, comme le sont les Hébreux [16], ait précisément été débarquer sur le fleuve Iber (actuellement le Río Tinto), sur le territoire d’une autre population ibère, comme l’étaient les Ibères qui habitaient les côtes de Huelva près de Tartessos. Pur hasard ? Il faudrait peut-être expliquer comment des Ibères d’Orient purent connaître l’emplacement exact d’autres Ibères en Occident. Ou – ce qui revient au même – se demander si les Hébreux furent le seul peuple hébreu de l’Antiquité ?

Au-delà de la pertinence de nous poser ou pas ces questions maintenant ou de la possibilité d’y répondre, ce qui est plus ou moins clair, c’est que ce sont des populations de Canaan, sûrement des Hébreux, qui embarquèrent à Tyr et en d’autres endroits de la côte levantine à destination de ports situés sur les côtes de la Méditerranée occidentale. Dans notre cas, Dan embarqua probablement à destination des ports du fleuve Iber et du Palus Erebeus, tels que Lucena del Puerto, qui était toujours, au Moyen Âge, un port d’entrée et de sortie pour la population hébraïque de la ville de Lucena. Peut-être Dan a-t-il donné son nom à Doñana.

carte de la mediterraee orientale

Fig.1. Carte de la Méditerranée orientale.


carte des voies de communication

Fig.2. Carte des voies de communications. En mauve, la Via Maris, en marron la même voie par mer. Canaan, au sens strict, comprendrait les villes côtières entre Gaza et Ougarit ; et au sens large, il inclurait également les terres entre Ougarit et Babylone. http://fr.wikipedia.org/wiki/Via_Maris

[1] Maria Eugenia Aubet, Tiro y las colonias fenicias de occidente, Barcelone, 1987 et 2000. Dans la même ligne, Fernando Prados Martinez, Los fenicios, Madrid, 2007, ou le professeur Escacena Carasco qui, dans un article récent (“Hispaniae Urbes”, nº 203), propose même comme méthodologie, la substitution du terme grec « Phéniciens » par celui autochtone de « Cananéens ».

[2] Aubet, un peu plus loin dans le même ouvrage.

[3] Lara Peinado, Así vivían los fenicios. Madrid, 1997.

[4] Sebastián Ramallo Asensio (coord.), Estudios de arqueología dedicados a la profesora Ana María Muñoz Amilibia. Murcia, 2003. À la page 98, l’auteur affirme que : «  depuis 1950, on assume que la figure des Phéniciens est embarrassante et anachronique et qu’elle ne s’ajuste pas vraiment au monde d’Homère. »

[5] Aubet, dans le travail déjà cité. Lara Peinado fait également référence à ce texte.

[6] Le premier se trouve dans la carte d’Amarna, EA 367, ligne 8, du milieu du XIVe s. av. J.-C.; le deuxième dans une inscription d’Ebla ; et les deux derniers dans de nombreux textes sumériens et akkadiens.

[7] Jewish Enciclopedia, 12 volumes, New York, 1901-1906, entrée « Phenicia », version online : http://www.jewishencyclopedia.com/

[8] Dans l’œuvre citée ci-dessus, à l’entrée: « Canaan » et « Canaanites ». Dans l’élaboration de l’Ancien Testament, on a identifié jusqu’à présent quatre sources différentes qui se sont fondues en un récit unique.

[9] Les rois de Mari, par exemple Iahdun-Lim (qui vécut vers 1800 av. J.-C.), se dénommaient « rois de Mari et du pays de Hana », d’après Alfred Haldar, Who were the Amorites? Leiden, 1971, p. 40. Le chercheur Georges Roux identifie pratiquement Mari et Hana. Georges Roux, Mesopotamia, Madrid, 1987. p. 455 – George Roux, la Mésopotamie, Paris, Seuil, Point, 1995 (1985).

[10] Voir Alfred Haldar, Who were the Amorites?

[11] N.d.T.: Nous avons ici conservé (et traduit) les mots du texte espagnol original, car ces mots sont intéressants pour l’auteur précisément tels qu’ils existent dans cette langue.

[12] Aubet, dans l’œuvre citée au début.

[13] L’histoire de cette découverte est fascinante : http://www.sepulcro-egipcio-de-tarragona.org/

[14] Asunción Rallo (ed.), Libros de antigüedades de Andalucía, Séville, 2009.

[15] Aubet, précédemment citée.

[16] Mythologiquement, les Hébreux affirment descendre du patriarche Eber et provenir du mont Ararat, situé dans une région appelée Ibérie caucasienne ; archéologiquement, il est possible de les relier aux cultures céramiques qui, depuis la région située entre les rivières Koura et Araxe (Ibérie), s’étendent vers la Syrie et Canaan avant l’établissement du Royaume d’Israël.